Le DPE a changé trois fois en cinq ans. Il ne dit toujours rien de votre été.
Réformé en 2021, corrigé en 2024 pour les petites surfaces, recalculé en 2026 pour l'électricité : le diagnostic de performance énergétique est devenu le pivot du marché. Mais sa lettre mesure l'énergie qu'il faut pour chauffer l'hiver, pas la chaleur qu'on subit l'été.
Trois réformes, une même logique
Créé en 2006, le DPE a été refondu au 1er juillet 2021 : une méthode de calcul unique (dite 3CL) fondée sur les caractéristiques physiques du logement et non plus sur les factures, une double étiquette énergie et climat, et surtout un diagnostic devenu opposable au vendeur ou au bailleur. C'est cette réforme qui a fait du DPE une pièce juridique du marché : interdiction progressive de louer les G, puis les F.
Deuxième correction au 1er juillet 2024 : les logements de moins de 40 m² voient leurs seuils relevés (arrêté du 25 mars 2024). La raison est arithmétique : l'eau chaude et les consommations fixes pèsent proportionnellement plus lourd dans un studio, qui se retrouvait classé F ou G sans être plus mal isolé qu'un grand appartement.
Troisième bascule au 1er janvier 2026 : le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire passe de 2,3 à 1,9 (arrêté du 13 août 2025), après avoir déjà été abaissé de 2,58 à 2,3 en 2021. Un logement chauffé à l'électricité voit sa consommation affichée baisser de 17 à 20 % sans qu'un seul travaux soit fait ; les estimations circulant chez l'ADEME et les diagnostiqueurs vont de 700 000 à 850 000 logements gagnant au moins une classe.
Ce que la lettre ne mesure pas
Le DPE est un bilan hivernal. Ses deux indicateurs, énergie primaire et gaz à effet de serre, dérivent presque entièrement du chauffage, de l'eau chaude et de l'isolation. La méthode 3CL comporte bien depuis 2021 un indicateur de confort d'été à trois niveaux, insuffisant, moyen ou bon, fondé sur l'inertie, les protections solaires et la ventilation, mais il n'entre pas dans la lettre, n'apparaît pas dans les annonces, et presque personne ne le lit. Un projet de loi vise à l'afficher dans les annonces d'ici 2028.
Le résultat est un angle mort : deux logements D peuvent vivre deux étés sans rapport, l'un au rez-de-chaussée d'une cour ombragée, l'autre au dernier étage plein ouest sans volets. Ce qui les sépare n'est pas dans le DPE. C'est dans l'orientation, l'étage, le vis-à-vis, les arbres, les protections, c'est-à-dire dans la géométrie du lieu.
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Pourquoi D par défaut
Quand aucun DPE n'est trouvé à une adresse, Soladret suppose la classe D. Ce n'est pas de la prudence : c'est la statistique. Au 1er janvier 2025, D est à la fois la classe la plus fréquente (33,7 %) et la médiane du parc, et le parc locatif privé penche vers E, F et G. Supposer C, comme on le voit souvent, c'est flatter un logement sur deux.
Sources
- Service des données et études statistiques (SDES), Le parc de logements par classe de performance énergétique au 1er janvier 2025.
- Arrêté du 25 mars 2024 relatif au DPE des logements de petite surface (en vigueur le 1er juillet 2024), Légifrance.
- Arrêté du 13 août 2025 modifiant le coefficient de conversion de l'électricité (2,3 → 1,9 au 1er janvier 2026), Légifrance ; estimations de reclassement 700 000 à 850 000 logements, presse spécialisée citant l'ADEME et les diagnostiqueurs.
- Méthode 3CL-DPE 2021 et indicateur de confort d'été : ministère de la Transition écologique, Observatoire DPE-Audit de l'ADEME.